Attention VIP (Very Important Princesse)!

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Je ne guérirai jamais

Une petite table étroite recouverte de quelques papiers en vrac, qui fait office de bureau. Une chaise rouge aux accoudoirs abîmés par le temps ou les colères. Elle est assise dans cette petite chambre spartiate, à la lueur d'une lumière criarde en guise de lampe de chevet. Ça manquerait presque d'intimité si elle n'avait pas le privilège d'y être seule. Elle griffonne et noircit viscéralement des feuilles blanches, à l'encre d'un stylo publicitaire bas de gamme marqué « Crêperie ». Ça lui redonnerait presque l'envie de manger...

 

« Je ne guérirai jamais de toi...

 

Je ne guérirai jamais de tes mains douces et sublimes qui se posaient sur mon visage avant de m'embrasser ou délicatement posées sur ma hanche le matin avant de me réveiller, effleurant ma peau jusqu'au frisson qui enveloppe entièrement et remonte le long de la colonne. Ces mains qui savaient réveiller l'instinct sauvage pour mieux le révéler. L'explosion des sens au contact de ta peau contre la mienne, celle qui bouscule et donne corps.

 

Je ne guérirai pas de cette allure d'aventurier (du dimanche), à la barbe de trois jours soigneusement travaillée et sculptée, sentant le cuir d'un blouson à capuche (faussement) abîmé, assurant un air - à s'y méprendre – décontracté. Je ne guérirai pas non-plus de ta silhouette - qui m'attire comme un magnet sur un frigo!- quand je t'aperçois au loin et que tu changes délibérément de trottoir pour m'éviter.

 

Je ne guérirai pas de ton regard si doux et bienveillant, de tes ridules aux coins des yeux que j'aimerais encore à l'aube de notre vieillesse, ni de ta voix posée et rassurante, caressant mon visage et mon corps entier au moindre mot tendre. Ce regard et cette voix enveloppants qui faisaient naître l'angoisse et la peur lorsqu'ils devenaient lourds et sombres.

 

Je ne guérirai pas de ton parfum subtil et viril à la fois. Il me saisit encore les entrailles lorsqu'un autre le porte. J'aimais le sentir se distiller dans ton cou et venir y respirer ton essence. Il me rendait féline.

 

Je ne guérirai pas de la sensibilité et de la passion avec laquelle tu me racontais ton métier, de nos discussions sur tout (et surtout sur rien), de nos tête-à-tête au resto finissant toujours en disputes enragées, de tes mains serrant mes poignets, de ta tête contre les murs et des portes qui claquent.

 

Je ne guérirai pas de tout ce qui nous faisait rire, de l'absurdité de certaines situations à nos références télé, symboles d'une génération en transition. Je n'ai pas oublié nos fous rires: il n'y en avait pas.

 

Je ne guérirai pas de Rome, Paris, Florence, capitales des amoureux, ni de ces merveilleux week-ends ici et ailleurs, où la princesse devenait Cendrillon au retour.

 

Je ne guérirai jamais de tous ces moments, petit-déjeuners, siestes fiévreuses, retours de la danse, vacances nature, soirées à deux, où mon amour ne te satisfaisait pas, ni de ton aide si précieuse pour alléger mon quotidien, de la cafetière au lave-vaisselle... Je ne guérirai pas de toutes les initiatives que tu prenais et de ta créativité : tu me disais ton amour indéfectible, pendant que je faisais l'inventaire de mon frigo pour y trouver de quoi préparer à dîner.

 

Je ne guérirai pas de ce nuage de douceur sur lequel je flottais à nos débuts, gage de la sécurité que tu m'offrais et dont j'avais tant besoin. Le ciel était pourtant mitigé, mais je ne voyais que le soleil.

 

Je ne guérirai pas de ton ex bien-aimée qui avait le droit de « citer », elle, référence parmi les muses, quand mon passé trop envahissant à ton goût était bon à confiner dans une boîte hermétique, enterrée au fond du jardin.

 

Je ne guérirai pas de ton soutien sans faille à la mère exaspérée, celui où – imposteur!- tu te sentais déjà père. Trop conne Compatissante, j'acceptais alors que tu préfères rentrer dormir chez toi ces soirs-là car tu avais tant besoin de repos et de calme...

 

Je ne guérirai pas de l'admiration que tu me portais, symbole de ton amour qui me rendait aussi précieuse à tes yeux qu'un diamant que l'on jalouse, que l'on feint d'exposer pour mieux le garder pour soi, sans aucun partage.

 

Je ne guérirai pas de tous tes encouragements pour je devienne enfin moi, authentique et vraie : qu'était donc ma vie sociale avec tant de faux amis ? Où était donc ma place dans ce métier si superficiel et futile ? J'étais si belle sans fards, j'étais si forte sans eux, j'étais si douée au travail que je n'avais pas besoin de toute cette supercherie qu'était ma vie. Nous nous suffisions l'un l'autre, nous n'avions plus qu'à faire nos valises et à partir loin d'ici...

 

Je ne guérirai jamais de nos projets par trois fois avortés, brisant ma féminité jusqu'au plus intime de mes entrailles, la Faucheuse en sus.

 

Je ne... »

 

On toqua à la porte. Le grincement de la porte et la voix de l'infirmière la firent sursauter.

 

- Vous descendrez prendre vos médicaments, Madame, il est l'heure. Ensuite, le médecin vous recevra pour votre entretien.

- Mais bien sûr que je guérirai ! se dit-elle, devant l'absurdité de ses écrits. La locomotive est déjà lancée ! J'ai pris des décisions, parfois difficiles, souvent douloureuses, mais JE choisis ma vie. Je ne la subirai plus... Évidemment, je guérirai : je ne suis pas seule. On m'encourage vraiment, on sait qui je suis, on ne cherche pas à éteindre la lumière à chaque étage. Et déjà des mains se tendent. Des bras sincères et réconfortants m'enlacent et m'enveloppent de douceur et de bienveillance. La Belle ne se laissera jamais plus endormir.

 

Elle saisit ses feuilles. Elle les déchira vigoureusement. De cette histoire ne restaient que des petits papiers qu'elle jeta au fond de la poubelle. Ce n'était pas à elle d'avoir honte. Il s'était menti à lui-même, ce n'était plus à elle d'en faire les frais.

 

La nuit s'annonçait douce.

 

- A partir de maintenant, je vais sortir mon sonar à connards !

 

Elle deviendrait dorénavant insubmersible.

 

 

 



29/10/2017
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